Dossier santé: Cadavres, ordures, eau impropre à Abidjan/Des risques d’une épidémie de choléra à nos portes

Publié le par jbkouakou

Ce qu’il faut faire pour l’éviter !

 

Déclarée à Abidjan, depuis janvier, au lendemain de l’éclatement du conflit post-électoral, l’épidémie de choléra avait enregistré déjà, à la mi-février, 12 morts. Des décès causés surtout par les nombreux tas d’immondices qui jonchaient  les rues de la capitale ivoirienne. A cela, il faut maintenant ajouter ces nombreux cadavres qui se sont décomposés en pleine ville, même si aujourd’hui dans certains quartiers, la Croix Rouge a procédé à leur ramassage puis à leur sépulture. Dans le quartier de Yopougon où des miliciens de l’ex-Président Laurent Gbagbo ont régné en demi-dieux, les cadavres ne sont plus à compter et côtoient les vivants. Dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, le cas est pareil. Malgré les nombreux efforts engagés par le Chef de l’Etat, pour améliorer les conditions de vie de ses concitoyens (les ordures commencent à être dégagées et les populations retrouvent peu à peu l’eau courante), le cholera, cette maladie fatale à l’homme, persiste et inquiète. Le choléra est, en effet, le compagnon privilégié des catastrophes naturelles et des situations de conflits avec les déplacements massifs de populations. Il peut cependant survenir dans un contexte de stabilité politique et en l'absence de toute calamité naturelle, lorsque les conditions socio-économiques des populations sont favorables à son développement. L’épidémie s’est déclarée au quartier Château d’eau de la commune d’Adjamé et a été confirmée depuis le 21 janvier. Très rapidement, le choléra a progressé et a atteint les communes d’Attécoubé et de Yopougon. A la date du 6 février, la Côte d’Ivoire était à 252 cas de choléra dont 12 décès, selon le Dr Coulibaly Daouda, chef du service de la surveillance épidémiologique de l’Institut national d’hygiène publique (Inhp). Si jusqu’à présent, l’on est difficilement parvenu à identifier les causes concrètes de cette épidémie, les spécialistes de la santé quant à eux, s’accordent à dire que cette résurgence du choléra à Abidjan a été provoquée par les ordures. Depuis un moment, en effet, les tas d’immondices sont à nouveau réapparus dans la capitale abidjanaise (ces ordures sont ramassées progressivement). A Adjamé, Cocody, Yopougon, Marcory, et Abobo, ces ordures ménagères occupaient de nombreuses rues, dégageant des effluves  nauséabondes et désagréables. Dans les différentes ruelles, elles s’étendent sur près de 300m de long. Les ordures y sont présentes. A Marcory, cela est d’autant plus palpable aux pieds de l’échangeur de la voie qui conduit au quartier Belleville. Même son de cloche du côté de Yopougon-Ficgayo, où l’arrêt Sotra est quasi inexistant. Désormais, cette place appartient aux ordures. Tout le long du boulevard est jonché de résidus. Que dire de Koumassi ? La ligne du bus 11, au niveau de l’école Baradji, n’existe presque plus, car les ordures ont pris le dessus jusqu’au marché. Et pourtant, selon les spécialistes, ces tas d’ordures sont sources de diverses maladies que sont le paludisme, les intoxications alimentaires, la fièvre typhoïde, le choléra... Si pour l’instant l’on n’a pas encore d’information concernant les autres pathologies, le choléra par contre s’est déclaré. 

 

Connaître le choléra

 

Le choléra, ou maladie des ‘’mains sales’’ est une pathologie infectieuse diarrhéique à caractère épidémique, explique Niamgué Joseph, secrétaire permanent au Fond mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme. «Cette maladie est d’origine bactérienne et est transmise par voie digestive. C’est une maladie du péril fécal (excrément humain) par excellence, qui constitue une véritable urgence en santé publique, surtout dans notre cadre de vie actuel assez dégradé», affirme le médecin. Tout comme le Dr Coulibaly de l’Inhp, ce spécialiste avoue que les tas d’ordures qui se sont amoncelées à Abidjan depuis plusieurs mois y sont pour quelque chose. «Et au-delà, il faut reconnaître que notre environnement de vie n’est pas sain», atteste ce médecin. Concernant les voies de contraction, le spécialiste d’Attécoubé explique qu’elles sont diverses. «Lorsque vous consommez de l’eau ou des aliments contaminés par les microbes du choléra (Vibrion) , entre autres de l’eau contaminée à la source (puits), de l’eau stockée dans les récipients contaminés par les mains souillées par les selles, de l’eau ou du jus de fruits vendus en sachet souillés, des aliments contaminés au cours ou après la préparation et des fruits et légumes contaminés et consommés crus, vous courez tous les risques de faire cette maladie», explique l’agent de santé. Une fois dans l'intestin, les vibrions sécrètent notamment la toxine cholérique, principale responsable de l'importante déshydratation qui caractérise l'infection. Les selles diarrhéiques libérées en grande quantité sont responsables de la propagation des bacilles dans l'environnement et de la transmission oro-fécale. De plus, la période d'incubation favorise le transport des vibrions sur de plus ou moins longues distances.  Face à cette situation d’épidémie, le ministère de la Santé, par le biais de l’Inhp, a entrepris une série d’actions.

 

Une riposte nationale en cours

 

Au niveau national, des dispositions ont été prises pour alléger la tâche aux populations. La première mesure, selon Dr Coulibaly, est la prise en charge gratuite des malades. «Le ministère de la Santé a mis à disposition les médicaments nécessaires pour une bonne prise en charge des malades », explique le médecin. Mais au-delà de la prise en charge, des agents de santé sont sur le terrain pour la sensibilisation de proximité. «Des sensibilisations sont faites également par le biais des médias. Et outre cette seconde mesure, il y a la troisième qui est la désinfection (avec de l’eau de javel et du grésil) des ménages qui se fait avec le concours du District d’Abidjan», précise le spécialiste qui ne manque pas de préciser que le ramassage des ordures a été demandé au ministère de l’Environnement. 

 

Comment savoir qu’une personne a le choléra ?
Le sujet présente brutalement une diarrhée très liquide et très abondante ; des vomissements très fréquents, une sensation de soif. Et rapidement, en quelques heures, il ressent des douleurs musculaires, il souffre surtout d’une déshydratation intense. Le malade a les yeux enfoncés dans les orbites. Il est couvert de sueur.

Comment le traiter !
A défaut de pouvoir emmener le malade à l’hôpital, le traitement consiste à redonner de l’eau au malade en lui injectant directement dans les veines, des quantités importantes de liquide. On y ajoute des antibiotiques.
Ce traitement fait d’urgence va rapidement guérir le malade.
Cependant, le malade est très contagieux et il pourrait contaminer d’autres personnes de la famille ou du village.

Que faire pour éviter cette maladie !

il n’existe qu’un seul remède : la propreté.
Il faut éviter de boire de l’eau polluée, se laver soigneusement les mains avant de manger, à la sortie des WC. Eviter les repas en commun.
Eviter de manger les aliments vendus dans la rue à la merci des mouches et autres insectes.
Utiliser de l’eau de javel pour laver les fruits et légumes.

 Ce qu’il faut faire en cas de contraction de la pathologie !

 

Une fois que l’on contracte la pathologie, il y a des techniques permettant la réduction de l’infection. Il s’agit, selon les spécialistes, d’isoler le malade et d’éviter les contacts non nécessaires. Mais, il s’agit également de laver et de désinfecter le linge et les vêtements du malade avec une solution chlorée ou par ébullition sur le lieu de l’hospitalisation. Il faut également de désinfecter les selles et vomissures du malade par le grésil ou de l’eau javellisée (1/2 litre d’eau de javel à 12° par litre d’eau). Et si malgré ces précautions, il arrivait que le malade décède, il faut, selon des sources proches de l’Inhp, lui faire les obsèques justes après le décès et procéder à l’inhumation dans la ville où a eu lieu le décès. «Il est nécessaire de porter des gants pour les manipulations du corps. Il faut procéder à une désinfection spéciale du corps avec l’eau de javel (1 litre d’eau de javel à 12° par litre d’eau), utiliser un linceul imprégné de désinfectant, interdire l’exposition du corps et incinérer les vêtements du malade décédé», précise la source. Mais heureusement, des moyens existent pour pouvoir échapper à cette pathologie. Et les moyens financiers dégagés par le Président de la République, dans le cadre du Programme présidentiel d’Urgence, devraient permettre de très rapidement circonscrire ces épidémies (en plus du cholera) déjà déclarées à Abidjan.  

 

 

Conséquences économiques et sociales

 

En dehors des souffrances éprouvées par les malades, les flambées de choléra provoquent la panique, désorganisent les structures économiques et sociales et peuvent freiner le développement des communautés touchées. Cédant à une panique injustifiée, certains pays imposent des restrictions aux voyageurs venant des pays où sévissent des flambées épidémiques de choléra ou limitent les importations de certains aliments.

 

Benjamin Soro

 

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